vendredi 6 août 2021

Observations sociologiques et anthropologiques

Voici le temps du retour à la maison. Et avec ce retour, un bilan de mes observations sociologiques et anthropologiques sur l’Ontario. Mine de rien, j’y ai passé 5 semaines.

Au début du voyage, l’Ontario en était à sa 2e phase de déconfinement. Donc, les musées fermés. Déjà que dans le nord de Lontario, il n’y a pas grand-chose à voir… Heureusement, Lontario est passée à sa 3e phase de déconfinement, ce qui supposait d’ouvrir les musées… de façon variable: heures restreintes, nombre de personnes autorisées à l’intérieur. Partout, il m’a fallu donner mon numéro de téléphone pour me retracer, si jamais il y avait éclosion. J’ai même dû me soumettre, une fois, à un lavage de mains supervisé et à une prise de température. Le rapport à la distanciation était aussi très variable: un petit dimanche après-midi ensoleillé à Niagara-on-the-Lake ne donnait absolument pas l’impression d’être en temps de COVID…

Je n’ai pas vraiment souffert des feux de forêt du nord-ouest de Lontario, si ce n’est que le ciel voilé quelquefois. J’ai vu des autochtones déplacés du nord-ouest de l’Ontario dans les résidences étudiantes de l’université Laurentienne à Sudbury. C’est ben toutte.

L’impression d’avoir deux Zontario: le nord, majoritairement francophone, très boisé, des arbres, des lacs, de la chasse, de la pêche, des sports de plein-air extrêmes. Rien de ce que je pratique.
Au milieu, on dirait qu’il y a rien. Sudbury, c’est plate, je vous l’ai déjà dit.
Et le sud, des champs de maïs à perte de vue, de la culture maraichère, des pêches, des abricots, des cerises, des prunes… et des raisins pour faire du vin. Un microclimat, de toute évidence.
Non seulement il y a des raisins à vin dans la région du Niagara (c’est connu), mais on commence à en voir autour de la Baie Georgienne et, plus près de chez nous, dans le Prince Edward County, près de Kingston et des Mille-Iles.
En définitive, le sud est beaucoup plus peuplé, beaucoup plus riche, beaucoup plus touristique que le nord.

Question de quantité

Hallucinant, la quantité de Timortonne. Vraiment hallucinant.

Étonnant, la quantité de drapeaux canadiens. Qu’il y ait un drapeau canadien devant des édifices gouvernementaux, certes. Mais devant les maisons privées? Accrochés aux fenêtres des maisons? Ah. Peut-être était-ce un restant de 1er juillet? Mais rendu au 20 juillet, on est loin du la fête du Canada. La très (très) grande majorité de ces drapeaux étaient en berne, pour cause d’enfants des Premières Nations disparus.

La quantité de magasin de cannabis. Au Québec, c’est étatisé… En Ontario, c’est l’entreprise privée. Ça porte donc toutes sortes de noms. Je ne sais pas trop comment ils s’approvisionnent (est-ce que c’est fourni par des entreprises acceptées gouvernementalement?), mais je n’en suis pas revenu.

La quantité de Tire Canadienne. Au Québec, il y en a. Mais jamais autant qu’en Nontario. Je comprends pourquoi la Tire Canadienne a un aréna à Tawa où jousent les Sénateurs de la ligne nationale de hockey. Quasiment tous les villages ont leur magasin.

Les cartes postales? Ce fut un parcours du combattant, croyez-moi. Aucune dans le nord de l’Ontario (si ce n’est quelques cartes de la police montée!) et si peu dans le sud, région pourtant touristique, à des prix exorbitants.

Je me suis baignée dans deux des grands lacs, et je me suis mis les pieds dans quatre sur cinq. Tripant.

La quantité de fresques murales peintes sur les bâtiments. Magnifiques. Certaines sont historiques et d’autres sont juste artistiques. À défaut de voir des musées, on pouvait regarder les fresques. Le type qui a fait l’immense Leonard Cohen à Montréal vient d’avoir un contrat pour en faire cinq (je pense) à Sudbury. Ça va aider à reniper la ville un peu.

Pareil, pas pareil

Dans le Haut-Canada, je trouvais une certaine ressemblance entre le Haut-Canada et la Nouvelle-Angleterre. Architecture des maisons, devantures, types de commerces. Dans l’ouest et dans le nord, c’était moins «anglais» ou «américain».

Il y a un respect des passages cloutés, passages réservés aux piétons. Les Ontariens vont se faire tuer s’ils essaient de traverser une rue au Québec.

Les genssses

Le combat des francophones ontariens est un combat de tous les instants. Même dans les commerces dans les régions francophones, on m’accueillait en anglais. J’ai trouvé ça agréable d’être accueillie en français ou que la conversation vire en français quand la personne qui m’accueillait trouvait que j’en arrachais en anglais ou que j’avais un accent!
Parce que j’ai eu du mal à me guirer pour parler en anglais. J’écoutais la radio de Radio-Canada en français à profusion, alors quand je sortais du camion et que je devais m’adresser à quelqu’un, il fallait que je mette mon cerveau à «anglais». Pis comme ça fait 18 mois que je ne suis pas sortie de chez moi, j’ai l’impression que mon anglais était très loin. En tout cas, il n’était pas très bon!

Des gens super sympathiques dans les Terego. Les Nadeau de la fromagerie kapuskoise. Vraiment hyper sympathiques et accueillants. Si vous passez par Kapuskasing, arrêtez-vous. Sinon, faites le détour, ça vaut la peine. J’ai entendu le père de François vanter son fromage à la radio, parce qu’ils ont fourni du fromage lors de l’installation de la gouverneure générale du Canada. Belle vitrine.
Les Nadeau (ben oui...) de chez Maple and More, pas loin de Midland. Je me bourre de crevettes et de sauce à l’érable et au raifort depuis deux semaines!
Les gens du Témiscamingue (au Québec) qui m’ont donné une tomate et un concombre, alors que le magasin était fermé le lundi. J’aime beaucoup la formule Terego qui permet de découvrir un producteur de quelque chose, d’acheter ce quelque chose et de coucher là gratisse!

Certaines microbrasseries et certains vignobles sont aussi membres de Terego, mais je ne les ai pas fréquentés, ceuzes-là. J’ai quand même acheté un peu de bière, même si je n’en bois pas.
J’ai acheté du vin. Je peux trouver certains de ces vins à la LCBO, mais pas tous. Mais surtout pas à la SAQ. Vous ne trouverez pas nécessairement étrange que mes vins préférés sont des assemblages de merlot, de cabernet franc et de cabernet sauvignon, le type d’assemblage qu’on retrouve dans le Fronsac, tiens donc.

Mon Azarius et la vie

Azarius a été un compagnon de voyage magnifique, comme d’habitude. Il a avalé les presque 8000 km du roadtrip ontarien comme un grand. Il vieillit, comme tout le monde. Il vient de passer des 260 000 kilomètres. C’est sûr, j’en prends soin. Parce que lui aussi prend soin de moi. Pour voyager toute seule, c’est exceptionnel; la grosseur du camion, la cuisinière, le lavabo, la douche (un peu…), le microonde, le lit, la toilette… Franchement? Je ne sais pas ce que je ferais si je ne l’avais pas. Si je ne l’avais jamais eu, je ne saurais pas ce que je manque. Mais comme je le connais, je sais que je ne pourrais plus m’en passer. Je ne fais pas du camping tassé pas plus que la vulgarus tentus. Azarius me permet de coucher dans des endroits un peu étranges… Je fais du camping une fois de temps en temps pour aller prendre une douche!

J’ai visité des laundromat pour laver mon linge, plutôt que de fréquenter les lavoirs des campings. La buanderie de ville est beaucoup plus efficace que celle du camping. Une trentaine de minutes pour laver. Un premier cycle de chessage de 12 minutes pour les affaires plus délicates et une autre vingtaine de minutes de chessage pour le reste et c’était fini. De la machine industrielle, mes amis. Pas mal plus efficace que les machines de camping. Faque, désormais, je fréquenterai les buanderies de ville.
Il y a de magnifiques observations anthropologiques à faire dans les buanderies: un couple qui débarque avec quatre immenses paniers en plastique blanc, qui utilise 4 machines à laver (puis 4 chesseuses) et qui, une fois la job terminée, remet tout ça pas plié dans les paniers en plastique. Ça va être fripé, ça, les amis. Même affaire avec un gars qui est arrivé avec son sac noir de vidange. Il a tout mis son linge dans la laveuse et est parti fumer. Sa brassée finie, il ne l’a pas fait sécher, a tout remis dans son sac de vidange et est reparti. Une fille a mis trois feuilles de Bounce dans sa brassée à chesser. Moi qui découpe les feuilles pour n’en mettre que le quart (sinon, je trouve ça trop «gras»), j’étais sans connaissance de voir qu’elle en mettait trois complètes!

Les Ontariens fument. Ça m’a étonnée d’ailleurs.

J’ai croisé sur la route et dans les campings d’immmmmmenses fifouiles, tirés par des F-150 ou autre piquopes du genre. Je suis assez flabeurgastée de la grosseur de ces fifouiles. Ça doit faire à peu près 40 pieds! De toute évidence, les gens de Lontario vont à la chasse ou à la pêche avec du kit de princesse. J’espère juste qu’ils n’utilisent pas de génératrice à l’essence pour faire marcher ça.

J’aime beaucoup que les gens se saluent en se croisant: ça fait juste montrer qu’on n’est pas tout seul et qu’on est conscient qu’il y a du monde autour de soi. Les Américains font beaucoup ça. Ça doit être un truc anglo.

Les Mennonites s’habillent en noir pour ne pas se faire remarquer, alors que c’est justement ça qu’on remarque…

Pas de vélo. Certaines routes sont pourtant bien pavées, avec une section pour les vélos. Mais point pantoute de vélo. Rien. Niet. Ni dans les villes ni sur les routes de campagne. Les Zontariens vont perdre sans connaissance, en venant au Québec, de voir tous ces cyclistes.

Et pour les deutwa pelés et les quatre tondus qui oseraient faire du vélo, évidemment, pas de casque. Pas de casque??? Vous en parlerez à Blaise.

Radio-Canada

Je vous l’ai dit, j’ai beaucoup écouté la Première chaine de Radio-Canada. Mes préférés? Ma chanson a changé le monde, avec Catherine Perrin, le samedi après-midi… que j’attrapais en reprise le dimanche soir.
Le dialogue entre Robert Lepage et Geneviève Borne, le dimanche soir.
Les rencontres de France Beaudoin: une heure avec quelqu’un qui jase de culture et de livres.
L’autre midi à la table d’à côté, selon les invités.
J’ai souvent écouté Stephan Bureau, le matin, en chiennant au lit. Mais comme il est en reprise le soir, je l’écoutais aussi le soir, après avoir écrit mon blogue, en me disant: «Coudon? J’ai déjà écouté ça, moi, c’te programme-là!»
J’ai aussi écouté JS-Tendresse en souriant et Parasol et Gobelets pendant l’apéro de la fin de semaine.

Mais… Je sais que l’été sert à donner le micro à des jeunes qui doivent faire leurs armes. Mais les animateurs du retour à la maison (15h-18h) de Sudbury étaient franchement imbuvables. Ramine aux sports et Daniel à la culture, c’était d’un pénible, mes amis. La qualité de la langue française était correcte. C’est le débit qui ne l’était pas. Beaucoup trop lent, et beaucoup trop répétitif. Comme s’ils ne savaient pas quoi dire pendant les deux minutes attribuées pour faire leur topo. Faque dans ce temps-là, j’écoutais mon iPod branché dans la radio. Y’a des limites à la souffrance, je trouve.
Autant j’ai été une fanne de Marc Labrèche du temps de La Fin du monde est à 7 heures, autant je ne suis pas capable d’écouter Un phare dans la nuit. On dirait qu’il se crisse du monde qu’il interviewe. Ça m’énerve.

J’ai déjà hurlé sur mon incompréhension d’offrir la Première chaine de Radio-Canada sur le AM dans la région de Toronto.

Se déplacer

Bon, je ne déverserai pas plus de fiel sur la numérotation des routes qui change selon les comtés. Mettons la 4. Il y a la 4 nationale (dont le numéro est écrit dans une petite couronne) et la 4 régionale (dont le numéro est écrit dans un lozange) mais qui va changer pour être la 12 dans le comté suivant. Une merde. Plus loin, il me fallait tourner sur la 8 (mettons), mais c’est le nom de la ville au bout de la 8 qui est annoncé. OK, je suis maintenant la direction vers une ville. Mais la pancarte d’après, le nom de la ville a disparu. Le nombre de youteurne que j’ai faits, moi qui ne me perds à peu près jamais…
Des travaux? Des cônes oranges? Ben oui. Ça arrive que c’est très bien indiqué: «Détour D-2». On suit le D-2 et ça va bien. En ville, les détours ne sont pas toujours bien indiqué: «Street closed». Ouan, pis? Je vais où, moi? Pas de détour. La rue est juste fermée pour cause de travaux.

J’ai vécu avec ma carte de l’Ontario fournie par le CAA. La carte a beau être gratissse, elle n’était pas très utile dès qu’on sortait de la route principale. À ce moment, c’est Gougueulemappe qui venait à ma rescousse.

C’est ben beau, Gougueulemappe, mais encore faudrait-il avoir du réseau! Dans le nord, réseau impeccable! Il y avait des tours régulièrement plantées pour que Rogers me fournisse en réseau. Dans le sud, là où il y a le plus de monde, le réseau, c’était pas loin d’être de la marde. Dans la péninsule du Niagara, notamment. Étonnant, quand on sait à quel point le réseau, ce n’est plus un luxe maintenant.

Sur la route 11, dans le nord, beaucoup de rest area. Des tables à piquenique pour arrêter manger, avec des toilettes dignes de ce nom. Dans le sud, pas vraiment. Comme si les gens du nord faisaient plus attention à leurs touristes!

Dans le sud, j’ai eu l’impression d’assister à une compétition de char de vieux schnoques: des corvettes, des vieux chars décapotables. On aurait dit que les vieux riches de la région du Niagara voulaient tous se faire voir.

Question d’heure

J’ai vécu les cinq dernières semaines selon mon rythme biologique: lever entre 9h30 et 10h, coucher à minuit. Le bonheur.

Même si je suis toujours restée dans le même fuseau horaire, je me suis rendue au bout de «l’heure de l’est». À Thunder Bay, le soleil se couchait beaucoup plus tard qu’à Tawa, par exemple.

Fermer les plages à 18h? Quesséça?

Après cinq semaines et près de 8000 km, je rentre à la maison.

Merci de m’avoir suivie. Merci de vos commentaires… Je n’ai pas trop l’impression d’écrire dans le vide, dans ce temps-là! Maintenant, ce blogue «Ontario 2021» est fini, comme le voyage. Vous pouvez retourner au blogue principal… parce que je vais continuer à voyager.

1 commentaire:

  1. J'ai bien aimé ton épilogue. Cela va nous inspirer pour un prochain voyage. Je retiens tes adresses de Terego. Je vais m'ennuyer de ton blogue.

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