L’histoire n’est qu’une répétition, je trouve. Ce matin, comme prévu, avant de quitter mes nouveaux amis de la fromagerie, je suis allée les saluer dignement. C’est qu’ils ont tous été tellement gentils et généreux.
En entrant dans la fromagerie, c’est le père de François-le-fromager qui m’accueille:
- Ah Julie! Ça y est: tu t’en vas?
- Eh oui… Je viens de téléphoner au garage et ils ont reçu mon pneu!
- On a été super content de t’accueillir: tu t’es tellement bien mêlée à nous, comme si tu faisais partie de la famille!
Eh ben. J’ai déjà entendu ça, moi. La gang de Safari Condo m’a déjà dit ça, il y a plusieurs années. Pis la gang du Château de la Rivière, en France, m’a aussi dit ça, il y a quelques années. C’est à croire que j’ai un certain talent pour m’incruster.
Au garage, je jase avec Michel pendant qu’on opère Azarius; on a jasé vin, fraises, fromage en grains, bison. Je ne vais toujours ben pas m’incruster chez OK Pneu de Kapuskasing, moi, là?
Azarius a donc un pneu-neu. Un GoodYear, alors que les trois autres sont des Firestone. Je ne crois pas qu’il sente la différence.
Je finis par quitter Kap’, trois jours plus tard que prévu. Bof, je suis en vacances.
Je prends alors la route du bois. Parce que Kap’ et Hearst (où je m’en vais) sont deux villes où le bois tient une part importante. La ville de Kapuskasing fête ses 100 ans en 2021. Le train, qui est arrivé avant l’auto, a permis l’installation d’une quelconque bourgade dès 1911. La route 11, d’ailleurs, suit pendant la voie de chemin de fer pendant de très nombreux kilomètres. Et à Kap, le musée à visiter est dans un train et dans la gare. Sauf que… tout est encore fermé. Pendant la Première Guerre mondiale, l’endroit a accueilli (ouais, méchant accueil!) des prisonniers qui ont habité dans des camps de travail. Ces prisonniers étaient surtout des Ukrainiens ou des Hongrois qui habitaient au Canada, mais comme ils venaient de pays ennemis, ils ont été internés. Le gouvernement en a profité pour leur faire défricher le coin (avec la terre glaiseuse et des moustiques en quantité affolante), construire eux-mêmes leurs baraquements et une ferme expérimentale pour savoir si, dans cette terre glaiseuse, il serait possible de faire pousser quelque chose. Euh… Raté. Il n’y a que le bois. Alors, l’usine de Kap’ a longtemps fait du papier journal, notamment pour imprimer le New York Times. Quand même.
Hearst vit aussi du bois. Il y a une odeur d’usine de pâtes et papiers qui flotte dans la ville. Ce soir, je crèche à l’office de tourisme et, parce que ce n’est pas très loin, on entend les bruits de l’usine. Ne vous inquiétez pas: je vais dormir.
Je vous laisse l’ours de Kap’ ainsi que les orignaux et les loups de Hearst, en cette fin de journée.
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