Hier, je m’étais cogné le nez sur la porte barrée du musée sur les Mennonites. Zut de flute. Je voulais vraiment visiter la patente pour comprendre. C’est fascinant (et peut-être aussi malaisant, comme dirait mon amie Julie) de voir les hommes en habits noirs, les femmes en robe et en capine, dans un boguey tiré par un cheval sur la route ou dans le stationnement de la quincaillerie. Sur la porte, une adresse courriel à laquelle j’ai écrit hier, après le souper. Gerry, le directeur du musée, m’a répondu, vers 22h30: «Le musée est fermé à cause de la COVID, mais si vous venez vers 13h, je pourrai vous laisser entrer pour vous montrer les vidéos et peut-être répondre à quelques questions; j’ai une visite de groupe à 14h.»
Ah ben tas-de-bouette-de-barreau-de-chaise. Me v’la qui re-débarque à St.Jacobs à l’heure dite. Gerry m’ouvre la porte: il est en sandales, bermuda et t-shirt (à l’effigie du musée, quand même!). Je me dis que ça ne doit pas être un Mennonite, alors. Ben quin. Totalement Mennonite. Un quart mennonite issu de la branche russe (son arrière-grand-mère a quitté la Russie pour émigrer en Ontario), un quart amish issu de la Pennsylvanie, et un demi issu de la branche des Pays-Bas arrivée en Ontario au début du 20e siècle. Je suis flabeurgastée.
C’est que les Mennonites, du moins ceux au Canada, se «séparent» de la branche mère selon leurs croyances. Par exemple, les Old Order sont ceux qui s’habillent en noir et se promènent en calèche. Si quelques personnes veulent modifier quelque chose à cette façon de faire, ils se partent une branche mennonite différente. Ceci explique qu’il y a, en Ontario, une vingtaine de groupes différents, associés au Mennonite Central Comittee, et que certains sont plus lousses que d’autres sur tout plein de sujets. Les Old Order s’occupent de l’enseignement jusqu’à la 7e année; après, les enfants quittent l’école pour travailler aux champs. Dans d’autres branches, les jeunes peuvent aller à l’université: Gerry a étudié à l’université de Guelph, institution d’éducation publique.
Les Mennonites croient en Jésus-Christ, mais dans une perspective peu ostentatoire (le lieu de culte est une salle assez ordinaire). Leur foi est assez individuelle: c’est dans les gestes posés chaque jour qu’elle s’exprime. Ils choisissent de se faire baptiser quand ils sont conscients de ce que ça représente, généralement au milieu de l’adolescence. Ils sont non-violents (ils refusent de faire quelque service militaire que ce soit) et veulent vraiment aider leur prochain. La maison d’un ami est passée au feu? Ils débarquent en troupeau pour l’aider à reconstruire et l’hébergent en attendant. Leur bienveillance s’adresse aussi à des inconnus: un nombre important de Mennonites est allé aider les Louisianais après le passage de Katrina, il y a une dizaine d’années, alors que tous les aidants étaient repartis. Contrairement à d’autres religions, les Mennonites vont ailleurs pour aider, pas pour prêcher et recruter… même si, on peut le penser, certaines personnes qui sont aidées par les Mennonites vont peut-être avoir envie d’en savoir plus.
À l’échelle mondiale, il ne reste presque plus de Mennonites en Europe puisqu’ils en ont été chassés au XVIe siècle. Ils se sont principalement installés aux États-Unis et au Canada: il y avait de l’espace… et les mennonites venus de Russie ont été très sérieusement invités à s’installer en Alberta et en Saskatchewan, parce qu’ils étaient blancs. Le gouvernement de ces provinces voulait ainsi faire en sorte que les Mennonites prennent la place des autochtones. Toutte est vraiment dans toutte. Il y a des mennonites en Amérique du Sud et surtout en Afrique (au Congo et en Éthiopie) ou en Asie (en Indonésie).
Dans l’absolu, je suis assez d’accord avec le fait d’aimer son prochain, de faire en sorte que la société soit meilleure et de faire preuve de bienveillance envers les autres. On ne peut pas être contre ça. Là où ça m’agace, c’est la croyance que c’est Dieu qui a décidé de ce qui arrive. La maladie? Dieu. Le travail? Dieu. Une rage de dent? Dieu. La réussite d’un examen? Dieu. Une tarte brulée? Dieu. Personnellement, j’ai beaucoup de mal avec ça. Selon les circonstances, je crois que les Hommes sont assez responsables de ce qui leur arrive.
Ce que je n’achète pas non plus, c’est la séparation des hommes et des femmes parce que, curieusement, ce n’est pas une société égalitaire. Si on aime son prochain, on devrait vouloir qu’il se réalise selon ses gouts, non? Ben non. Les hommes travaillent aux champs et les femmes s’occupent de la maisonnée (enfants, bouffe, ménage, couture).
Finalement, j’ai passé presque deux heures dans le musée, à avoir regardé les vidéos que Gerry partait juste pour moi, à lire les différentes légendes des photos à mon rythme (pendant que Gerry allait parler au groupe qui venait d’arriver, à 14h), à poser tout plein de questions à Gerry (avant 14h… et pendant que le groupe regardait les vidéos que j’avais vues). J’ai fini ma visite toute seule, dans le gift shop. J’ai payé ma visite alors que j’aurais pu me pousser sans payer puisque Gerry était occupé. Mais je n’aurais pas fait preuve de bienveillance envers mon prochain, alors. Mais par respect, je n'ai pas pris de photo de ma visite.
Bien d'accord avec toi pour la croyance du dieu responsable de tout. Aussi, je n'aurais pas fait un bonne femme mennonite.
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